Elle n’a pas encore trente ans qu’elle semble déjà avoir vécu plusieurs vies dans le monde équin. Autodidacte dans le dressage des chevaux, Manon Guillaumin a ensuite connu le haut niveau international en tant que groom d’attelage. Depuis un an, elle est revenue sur ses terres natales, à Carlus, pour se consacrer à l’éducation des chevaux. Portrait d’une jeune femme à la détermination rare.
Pour raconter ses débuts, Manon Guillaumin, résume ainsi : « J’ai voulu faire tout, toute seule ». Dès l’âge de 10 ans, elle fait ses premières armes dans l’élevage familial de Frisons. Deux ans plus tard, elle prend entièrement en charge l’éducation d’un jeune mâle, qui deviendra bien plus qu’un cheval : « mon meilleur ami », confie-t-elle. Très tôt, son travail acharné, sa volonté de fer et son approche instinctive la font connaître dans ce milieu exigeant. Quand d’autres adolescents passent leurs jobs d’été à récolter le maïs, garder des enfants ou préparer des commandes, Manon se voit déjà confier des chevaux de propriétaires désireux d’un travail de qualité. « Jusqu’à mes 19 ans, à chaque vacances j’ai eu des chevaux au travail, essentiellement pour des problèmes de comportement : peur de l’homme, impossibilité de les monter… » Le monde du cheval est une évidence pour elle qui souhaite alors diriger son propre poney-club au terme d’un BTS production animale.


Une carrière de groom d’attelage de haut niveau
Mais la vie en a décidé autrement. Ou plutôt Benjamin Aillaud, numéro 1 français d’attelage et directeur artistique de Cavalia, célèbre spectacle équestre international. Après un stage dans ses écuries de Réalville au nord de Montauban, il lui propose un poste de groom. Un métier intransigeant, mêlant force physique, précision et connaissance fine des chevaux. « Il faut assurer l’entretien du matériel, les soins quotidiens et la préparation des chevaux, la gestion logistique des déplacements et même le transport vers les lieux de compétition pour lequel j’ai passé le permis poids lourds », explique-t-elle, tout en soulignant : « C’est un travail de l’ombre, auquel tu donnes toute ta vie ».
En seulement trois mois, la jeune femme prend la tête des écuries de groom de Benjamin Aillaud et participe avec lui à ses premiers jeux équestres mondiaux en Caroline du Nord (l’équivalent des Jeux olympiques) en tant que groom d’attelage. Soit, pour les non-initiés : un poste aussi essentiel que le copilote en rallye ou le second de cordée en alpinisme. Le groom d’attelage guide le meneur sur les parcours de compétitions, il anticipe les obstacles, surveille le chronomètre et veille en permanence aux réactions des chevaux.



Le défi d’une écurie de 150 chevaux
Après quatre années passées sur les terrains internationaux, Manon ressent le besoin de changer de cap et revient dans son village natal de Carlus. Mais une nouvelle opportunité se présente rapidement : une éleveuse, près de Clermont-Ferrand, lui propose de prendre en charge ses chevaux. Pendant deux ans, Manon s’occupe sans relâche des 150 chevaux, depuis le poulinage (la mise bas) en passant par les soins et la préparation aux compétitions, mais aussi le dressage et le débourrage pour la vente, ainsi que l’administratif et l’entretien du domaine. Un travail titanesque, un challenge réussi mais qui ne lui permet pas de nouer de liens comme elle le souhaite : « J’avais besoin de retrouver du temps pour les chevaux ».



Éducation et débourrage à Carlus
Il y a un an, la jeune femme décide de revenir à Carlus pour enfin travailler à son compte. Aujourd’hui, elle se consacre au débourrage, à la rééducation et à l’éducation des chevaux. « Mon but : que les propriétaires retrouvent du plaisir et une relation équilibrée avec leurs chevaux. »
Manon rappelle avec lucidité : « Dans ce milieu, aimer les chevaux ça ne suffit pas, il n’y a pas de place au doute, il faut savoir ce que l’on veut ».
Déterminée, travailleuse, Manon sait ce qu’elle veut : « Que le cheval soit le plus heureux possible et qu’il ait l’envie ».

