Lucien Colin, dit « Vosgien », achève en juin la septième année de son tour de France à la maison des Compagnons d’Albi. Cette année, le menuisier, encore « aspirant », doit valider une pièce technique, son « chef d’œuvre », pour devenir officiellement Compagnon du devoir.
Lucien Colin, 23 ans, a découvert les Compagnons du devoir lors d’une journée portes ouvertes en fin de 3e. Un enseignement liant formation en entreprises et cours généraux, qui a convaincu le jeune homme et ses parents. Quant au choix de la filière menuiserie, il s’est fait tout naturellement : « Le bois m’a toujours attiré » explique-t-il.
Compagnons du devoir : adoption et tour de France
Lucien quitte alors ses Vosges natales auxquelles il est profondément attaché, pour rejoindre la maison des Compagnons de Nancy et suivre deux années d’apprentissage. Il demande à être « adopté », une étape symbolique très importante qui officialise son entrée dans la communauté et son engagement à découvrir son métier partout en France. Il doit pour cela réaliser une petite pièce technique, d’une quarantaine d’heures de travail pour montrer son niveau aux Compagnons, puis c’est la cérémonie d’adoption. « Vosgien », de son surnom compagnonnique, commence alors son tour de France…
Son souhait : « Découvrir les quatre coins de l’Hexagone ». Ce sera fait, en intégrant la maison des Compagnons de Marseille, Dijon, Liévremont, Angers, Colmar mais aussi à la Fondation Coubertin dans les Yvelines. Des années de « roulage » durant lesquelles il se perfectionne dans des entreprises spécialisées en pose de fenêtres, en réalisation d’escaliers et rambardes en bois massif ou encore d’étals de bijouterie.
Pour les Compagnons le choix des villes et formations ne se fait pas sur Parcoursup mais sur motivation : « Chacun formule ses vœux puis c’est « premier arrivé premier servi » explique Lucien, mais il faut aussi montrer sa motivation ».
Pour sa dernière année, à la maison d’Albi, il choisit la Menuiserie Cailhol à Senouillac, assez généraliste mais spécialisée dans la fabrication de « portes albigeoises », ces portes traditionnelles massives en bois plein, typiques des bâtisses médiévales d’Albi. Avec ce bagage conséquent, il souhaite retrouver ses racines et s’installer à son compte pour devenir « Le petit menuisier de campagne qui doit savoir – presque – tout faire ».



La réalisation du « chef d’œuvre »
Mais avant cela, il devra valider son« chef d’œuvre ». Un travail qui a démarré par « les esthétiques » : une vingtaine de dessins à main levée, à présenter aux Compagnons avec la collaboration et le soutien de son « parrain ». Puis la réalisation des plans techniques, sans oublier une « analyse de fabrication » : étapes de travail, devis, matériel… Le voici maintenant en pleine conception : la restauration de deux tables de l’amphithéâtre de la Maison d’Albi, dont le principal travail est la jupe, soit la devanture. « J’ai choisi une esthétique aérée, légère, avec des dimensions de pièces fines pour un travail délicat. »



Le prévôt et la mère des Compagnons, deux piliers
Durant cette année exigeante, il peut compter sur la communauté très soudée. Mais aussi sur Corentin Fromy le prévôt, c’est le gestionnaire de la maison. Pour obtenir ce statut, il faut avoir terminé son chef d’œuvre et être recommandé par ses pairs. Le rôle du prévôt est aussi de donner aux jeunes l’envie de venir chez les Compagnons,de travailler la matière. Avec lui, Lucien a noué une relation de respect mutuel.
Il est aussi proche de la mère des Compagnons, qui gère la pension et la préparation des repas. « Une deuxième maman à qui on peut se confier à cœur ouvert ».
Des valeurs compagnonniques
Attaché au monde rural par sa famille d’agriculteurs, nourri par la culture du travail, Lucien a trouvé dans le compagnonnage des valeurs qui lui correspondent, qu’il résume en deux mots : « Communauté et travail ».






