Chaque année, le CNRS récompense les femmes et les hommes qui ont le plus contribué à son rayonnement et à l’avancée de la recherche et de l’innovation françaises. En 2025, c’est Damien Texier, chargé de recherche à l’Institut Clément Ader UMR CNRS 5312 site d’Albi et de Toulouse (qui comprend l’IMT Mines Albi) qui a obtenu la médaille de bronze pour ses travaux sur le couplage mécano-chimique sous condition d’oxydation à haute température des matériaux.
Damien Texier, un « produit très local » mais un parcours international
Aujourd’hui chargé de recherches CNRS à l’institut Clément Ader, tutelle qui englobe entre autres IMT Mines Albi et Supaero, Damien Texier est passé par des études toulousaines avant de vivre diverses expériences en institut en Californie et au Canada. C’est en 2017 qu’il rejoint le CNRS Albi/Toulouse pour se consacrer à la micromécanique.
Ce qui m’intéresse c’est de montrer que, à petite échelle, les matériaux ne sont pas homogènes isotropes : les matériaux se déforment, se comportent de manière discrète et hétérogène à l’échelle des ensembles d’atomes. Je regarde comment les atomes se déplacent à l’échelle microscopique voire nanoscopique des matériaux sous un effort mécanique.
La micromécanique pour l’aéronautique
Damien est spécialisé dans la mécanique à l’échelle microscopique (un dixième, voire un centième de cheveux). Il s’attache à démontrer que les matériaux, soumis à de très hautes températures et sous environnement réactif (l’air par exemple), évoluent dans le temps et n’ont plus les mêmes propriétés mécaniques en surface et sous-surface. Son but : comprendre comment le matériau se comporte et prédire les endommagements possibles, notamment sur les superalliages à base de nickel, les alliages de titane et d’aluminium, très employés dans le domaine aéronautique, pour les disques de turbines par exemple. Un travail qu’il résume ainsi : « Faire le lien entre la déformation hétérogène et l’endommagement de manière à comprendre, avec des paramètres qui décrivent la structure des matériaux, les concentrations de déformation qui vont amener à la rupture locale du matériau ». Son objectif étant d’intégrer ces zones de déformation très locale dans des modèles prédictifs de durée de vie des matériaux mais aussi de se pencher sur la problématique de réduction du poids et des dimensions des pièces aéronautiques pour de meilleures performances environnementales.
Damien étudie également les alliages d’aluminium soumis à des températures cryogéniques pour prévoir par exemple le comportement des réservoirs de stockage à hydrogène et des canalisations de transport pour l’avion de demain.
Ses travaux peuvent trouver des applications dans l’aéronautique, le nucléaire, le transport.

Une plateforme de micromécanique créée de A à Z
Avant sa prise de fonction au CNRS, la tutelle albigeoise de l’Instit Clément Ader, l’IMT Mines Albi, ne se consacrait pas à cette activité, Damien Texier et son équipe ont donc monté de A à Z cette plateforme de micromécanique expérimentale. « L’IMT Mines Albi m’a beaucoup aidé sur l’acquisition de certains équipements mais la plupart des investissements ont été réalisés au travers de différents projets, et plus particulièrement le projet européen ERC-SG HT-S4DefOx. Ensuite, tout le développement des compétences, du savoir-faire et des équipements, nous en portons la responsabilité avec deux autres collègues du laboratoire, Quentin Sirvin (ingénieur de recherche) et Julien Genée (maître-assistant). ».


Un métier passion
Un métier qui offre une grande liberté : « Liberté d’aller dans la voie vers laquelle je veux aller, liberté d’embaucher pour mener une équipe ». Ce qui le motive également, c’est la transmission des savoirs qu’il met en œuvre en formant des stagiaires, des doctorants et en donnant des cours, en encadrant des post-doc.
Damien résume ainsi : « La recherche, c’est un métier passion ».
« Recevoir la médaille de bronze du CNRS 2025 m’encourage à continuer mes recherches, aussi bien fondamentales qu’applicatives. J’ai toujours plein de projets », nous confie Damien. Le prochain : « Faire le lien entre la micromécanique et la métallurgie combinatoire pour essayer de développer de manière très rapide l’alliage de demain, plus vertueux pour l’environnement, en fonction de l’application visée ».
