Il n’a pas attendu le retour de la tendance vintage pour se remettre à la mobylette. Président de l’association T’inquiète Mobylette à Fréjairolles, Guy Ballarin partage sa passion et transmet le virus de la mécanique aux anciens comme aux plus jeunes.
Il suffit de croiser une mobylette pour voir les regards s’allumer. « Quand les gens nous croisent en balade, ils ont les yeux qui pétillent. Il y a beaucoup d’attachement envers ces bécanes », sourit Guy Ballarin. Lui-même fait partie de cette génération qui a connu l’âge d’or de la mobylette qui sillonnait les villes et villages de France des années 1960 aux années 1990.
À l’époque, la petite cylindrée était bien plus qu’un moyen de transport : « Pour nous, ça représentait l’émancipation. Ça nous permettait de voir les copains, d’aller au lycée. » Puis elles ont été remplacées par les voitures et oubliées au fond des granges.

Jusqu’à ce que Guy, éducateur spécialisé à la retraite, récupère un vieux cyclomoteur à restaurer. Ses premiers coups de clé le conduisent vers l’association T’inquiète Mobylette créée à Lescure d’Albigeois en 2020. « Au départ, c’était une poignée de copains qui voulaient remettre en état les mob » explique Guy. En 2024, il prend les rennes de l’association encore confidentielle, qui déménage à Fréjairolles dans un local « qui n’était au départ que quatre murs ». Avec sa femme Nicole, trésorière, ils en appellent aux bonnes volontés des adhérents. « On a tout construit nous-mêmes, car on a tous les métiers : soudeur, peintre, carrossier… » Avec beaucoup d’idées et d’ingéniosité, ils transforment ce hangar de 90 m² en véritable atelier tout équipé : machine à nettoyer aux ultrasons, cabine de sablage et peinture, treuil et même pont élévateur fabriqué à partir d’un lit médicalisé. Sur la mezzanine, toute une rangée de vieilles mécaniques, rénovées ou en cours de restauration, dont la plus ancienne fête ses 60 ans. Des modèles Motobécane, Peugeot, et même Solex.
Mais ici, on ne vient pas déposer sa mob pour la récupérer quelques semaines plus tard, flambant neuve. « Les gens arrivent avec une machine, un projet, ils adhèrent à l’association et on y travaille ensemble. » Pas besoin d’être mécanicien : les plus expérimentés accompagnent les novices et chacun apprend en mettant les mains dans le cambouis. Une façon de renouer avec la simplicité et l’authenticité : « Avec ces deux-roues, pas d’électronique, que de la mécanique ». Mais également avec une certaine philosophie : « C’est aussi une démarche à rebours de la société de consommation ».




Une philosophie qui rassemble aujourd’hui 25 adhérents : des hommes, des femmes, de 16 à 75 ans. Banquier, professeur des écoles, lycéen, ancien routier, militaire, soudeur… Tous se retrouvent autour de cette passion. Et n’allez pas croire que cet engouement ne touche que les nostalgiques. « L’esprit mob » séduit de plus en plus la jeune génération qu’on pensait cantonnée aux scooters. Quentin, 16 ans ou encore Paco 18 ans, ont succombé au charme de cette époque où « dans chaque maison il y avait une mob » comme le raconte Guy.
L’association participe à plusieurs événements sur l’Agglo, notamment les vide-greniers à Fréjairolles, la Fête des Fleurs à Lescure d’Albigeois, le Salon du vintage à Albi, le carnaval de Saint-Juéry…
Pour Guy cependant, une seule ombre au tableau : le manque de moyens financiers. « L’association ne vit que par les adhésions, nous ne touchons aucune subvention ». Une adhésion annuelle à 60€ pour permettre à tous de venir. Car l’idée principale c’est d’échanger, de passer de bons moments. « De la convivialité, de la simplicité et de la confiance » souligne le passionné, qui précise le fonctionnement de l’association : « Tout le monde a la clé du hangar. Quand un adhérent souhaite y aller, il le dit sur le groupe Whatsapp créé par la jeune Maëlys. Ça permet de motiver d’autres personnes à venir, et on est moins seuls ». Un café, une discussion, un peu de mécanique et l’après-midi est passée à toute vitesse.
Au-delà de les remettre en marche et d’organiser des balades, l’association fait ainsi revivre cette époque d’insouciance, « qui fait un bien fou dans le contexte actuel » souligne Guy, qui conclut : « Si on peut donner la banane aux gens, c’est du bonheur ».
Vous l’avez compris, Guy vous ouvre grand les portes… de son hangar !


